Inondations et eau potable : les puits privés sont-ils à risque?
- il y a 2 jours
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|Projet de recherche|
Les inondations causent des dommages importants aux infrastructures, mais elles peuvent aussi menacer la qualité de l’eau potable. C’est particulièrement le cas pour les personnes qui s’approvisionnent à partir de puits privés, souvent moins surveillés que les réseaux municipaux.
Un projet de recherche mené par Geneviève Bordeleau à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) s’est penché sur cette question. L’objectif : mieux comprendre le risque de contamination de l’eau des puits lors d’inondations, tout en tenant compte à la fois des facteurs environnementaux et des comportements des citoyens.
Cinq questions pour mieux comprendre le risque
Le projet s’est structuré autour de cinq questions clés :
Les puits situés près des rivières sont-ils contaminés lors des inondations?
Combien de temps la contamination peut-elle durer après une crue?
Jusqu’à quelle distance de la rivière observe-t-on une contamination?
Les résidents connaissent-ils les risques associés à la consommation d’eau de puits lors d’une inondation?
Modifient-ils leurs habitudes de consommation en fonction de ces risques?
Pour répondre à ces questions, les chercheurs ont combiné des analyses scientifiques de l’eau et des entrevues avec des citoyens.
Une étude de terrain près de la rivière des Hurons
L’étude s’est déroulée dans la municipalité de Stoneham-et-Tewkesbury, près de la rivière des Hurons. Les chercheurs ont analysé l’eau de 13 puits résidentiels et de trois points d’eau de surface. Au total, 15 campagnes d’échantillonnage ont été réalisées avant, pendant et après des épisodes d’inondation. Les analyses portaient notamment sur :
des bactéries indicatrices de contamination fécale (comme E. coli et les coliformes),
des paramètres chimiques de l’eau,
des isotopes et d’autres traceurs permettant d’identifier l’origine de l’eau et des contaminants.
En parallèle, des entretiens semi-dirigés avec des résidents et des acteurs locaux ont permis d’explorer leur perception du risque et leurs pratiques de consommation d’eau.
Une contamination variable… et pas toujours là où on l’attend
Les résultats montrent une grande variabilité de la contamination d’un puits à l’autre. Les dépassements des normes de qualité de l’eau potable observés dans l’étude étaient principalement liés à la présence de bactéries d’origine fécale, souvent détectées après les inondations. Un résultat surprenant est que les puits situés directement près de la rivière n’étaient pas nécessairement plus contaminés que les autres. Même des puits situés hors des zones inondables peuvent être affectés, notamment en raison de matières fécales présentes à la surface du sol, de fosses septiques ou de débordements d’égouts. Les analyses indiquent également que la contamination peut persister plusieurs jours après la décrue, ce qui signifie que l’eau peut rester à risque même lorsque l’inondation est terminée.
Des perceptions et des comportements très différents
Les entrevues menées auprès des résidents montrent que la perception du risque varie beaucoup d’une personne à l’autre. Certains font entièrement confiance à leur eau de puits, tandis que d’autres se montrent beaucoup plus prudents. Ces perceptions influencent directement les comportements. Par exemple, certaines personnes continuent de consommer l’eau de leur puits sans traitement après une inondation et d’autres préfèrent faire bouillir l’eau ou acheter de l’eau embouteillée par précaution. Ces résultats soulignent que les habitudes de consommation et l’accès à l’information jouent un rôle important dans la gestion du risque.
Mieux informer pour mieux protéger
À partir de ces constats, les chercheurs proposent plusieurs pistes d’action pour mieux protéger la santé des citoyens :
Mise en place de protocoles municipaux d’avertissement et de soutien en cas d’inondation pour les personnes résidentes utilisant des puits privés, incluant des tests gratuits post-crue.
Élaboration de guides pratiques épicènes sur les bons réflexes à adopter, diffusés avant la période printanière.
Renforcement des liens entre les scientifiques, les personnes citoyennes et autorités locales pour co-construire des solutions ancrées dans les réalités de terrain.
Valorisation continue des connaissances locales à travers des démarches participatives lors de projets similaires.
Intégration du risque lié à l’eau potable dans les plans municipaux de sécurité civile, en considérant tant les dimensions environnementales que sociales.
Vers des communautés plus résilientes
En combinant analyses de la qualité de l’eau et compréhension des comportements humains, ce projet montre que la gestion du risque lié aux puits privés doit intégrer à la fois des données scientifiques et les réalités vécues par les citoyens. Dans un contexte où les inondations pourraient devenir plus fréquentes avec les changements climatiques, ces connaissances constituent un outil précieux pour renforcer la résilience des communautés et protéger l’accès à une eau potable sécuritaire.

