Du chrome détecté dans des puits privés au Québec : un enjeu méconnu
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|Publication|
Islam, Md. M., Ying, S. C., Hausladen, D. M. 2026. Elevated chromium detected in private wells in organic-rich lake catchments and treatment challenges of co-occurring geogenic metal(loid)s. ACS ES&T Water, American Chemical Society. https://doi.org/10.1021/acsestwater.5c00505
Influence des conditions redox sur la présence de chrome et d’autres métaux dans les eaux souterraines
Une étude récente rapporte la détection de chrome (Cr) dans des puits privés situés à proximité du lac Montjoie et du lac à la Truite, en Estrie (Québec). Ces secteurs se caractérisent par des environnements riches en matière organique, généralement associés à la mobilisation de contaminants sous certaines conditions géochimiques.
Les chercheurs ont analysé la qualité de l’eau souterraine et la variabilité des conditions d’oxydoréduction (redox), c’est-à-dire les conditions chimiques qui déterminent si le milieu est plus riche en oxygène (conditions oxydantes) ou plus pauvre en oxygène (conditions réductrices). Ces conditions influencent directement la mobilité de plusieurs métaux et métalloïdes dans l’eau souterraine.
Des concentrations de chrome dépassant la norme québécoise de 50 μg/L ont été mesurées dans certains puits — ce qui constitue, à la connaissance des auteurs, les premiers dépassements publiés pour le chrome dans des puits domestiques au Québec.
Les résultats montrent que les puits en conditions oxydantes présentaient des concentrations en chrome plus élevées (6,04 à 63,22 μg/L) que les puits en conditions suboxiques à réductrices (≤ 1,42 μg/L). Des concentrations élevées de manganèse (Mn) et d’arsenic (As), dépassant fréquemment les normes sanitaires, ont également été observées et coexistaient avec le chrome. De l’uranium (U) a été détecté non seulement en conditions oxydantes, mais aussi en conditions suboxiques à réductrices.
L’étude a également évalué l’efficacité de dispositifs résidentiels de traitement de l’eau. Ces systèmes ont montré une efficacité limitée pour l’élimination du manganèse et de l’uranium et ont, dans certains cas, entraîné une augmentation de leurs concentrations au-delà des seuils réglementaires.
Les auteurs soulignent la nécessité d’un suivi des eaux souterraines à plus haute résolution spatiale ainsi que le développement de solutions de traitement mieux adaptées aux métaux et métalloïdes sensibles aux conditions redox. Ils insistent également sur l’importance d’intégrer les contaminants d’origine géogénique dans les stratégies de gestion de l’eau afin de répondre à l’Objectif de développement durable 6.1 relatif à l’accès à une eau potable sûre.
Mobilité des métaux et conditions d’oxydoréduction
La mobilité des métaux dans l’eau souterraine dépend fortement des conditions d’oxydoréduction (redox), c’est-à-dire de la quantité d’oxygène disponible et des réactions chimiques associées. On distingue généralement trois types de conditions :
Oxydantes : l’eau contient de l’oxygène dissous. Certains métaux, comme le chrome sous sa forme hexavalente (Cr⁶⁺), sont plus solubles et donc plus mobiles dans ces conditions.
Suboxiques : l’oxygène dissous est très faible ou absent, mais d’autres composés (comme les nitrates ou le fer oxydé) participent encore aux réactions chimiques. Ces conditions représentent une zone de transition entre milieux oxydants et réducteurs.
Réductrices : l’oxygène est absent. Les réactions chimiques favorisent la réduction de certains éléments, ce qui peut soit immobiliser certains métaux, soit au contraire en mobiliser d’autres (par exemple le manganèse ou l’arsenic).
Ainsi, selon le contexte géochimique, un même aquifère peut favoriser la dissolution, le transport ou la précipitation de différents métaux. Comprendre ces conditions est essentiel pour interpréter la qualité de l’eau souterraine et adapter les stratégies de traitement.

